Epuisement professionnel : comprendre pour mieux agir
Temps de lecture : 7 minutes
1. Epuisement professionnel : de quoi parle-t-on ?
Le Syndrome d’Epuisement Professionnel (SEP) touche chaque année, plusieurs dizaines de milliers de salariés en France et est définit en 1980 par Freudenberger et Richelson comme :
« un état de fatigue chronique, de dépression et de frustration apporté par la dévotion à une cause, un mode de vie, ou une relation, qui échoue à produire les récompenses attendues et conduit en fin de compte à diminuer l’implication et l’accomplissement du travail. »
On identifie 3 formes d’épuisement professionnel :

Le Burn-out
C’est sans doute la forme la plus connue ce qui s’explique en partie par le nombre croissant de travailleurs français souffrant de ce mal surtout depuis la crise COVID-19.
Le salarié se consume à petit feu (burn-out signifie « combustion totale »). Cela résulte d’une accumulation de facteurs de stress qui s’inscrivent dans la durée.

Les signaux qui doivent alerter :
- Fatigue chronique (une fatigue indéracinable, un repos qui ne repose plus)
- Nervosité, anxiété, agressivité
- Perte d’envie et de plaisir (ex : réduction ou disparition des pratiques sportives)
- Trouble du sommeil (problèmes d’endormissement, nombreux réveils nocturnes)
- Maux de dos, de tête
- Ruminations sur le travail empêchant le déroulement des activités de la vie quotidienne
- Etc.
Les causes :
- La surcharge et complexité du travail (« faire plus avec moins », glissement de taches, pression temporelle, désorganisation constante etc.)
- Climat social, ambiance de travail dégradée (tensions et/ou conflits)
- Absence de reconnaissance pour le travail accompli et les efforts fournis (manque de soutien social)
- Surinvestissement empêchant la déconnexion du travail et la prise de recul
- Insécurité de l’emploi et manque de projection sur l’avenir
- Etc.
Les phases du burn-out :
- Phase 1 : L’engagement. Stade durant lequel le salarié éprouve du plaisir pour l’activité professionnelle (curiosité etc.) Il est épanoui, se sent bien (pensées fluides et besoins sains). Le salarié est efficace.
- Phase 2 : Le Surinvestissement /sur engagement . L’état du salarié oscille entre plaisir et anxiété. Apparition des premiers symptômes (ex : troubles du sommeil, un envahissement sphères privée et sociale, changement d’humeur etc.).
- Phase 3 : La Lutte. Le salarié ne sait plus poser de limite et dire non. Il ne respecte plus ses besoins (entraine des oublis, une désorganisation, déconcentration etc.). Une fatigue chronique s’installe avec l’apparition de pathologies et des premiers arrêts de travail.
- Phase 4 : L’effondrement. Epuisement émotionnel, physique et psychique (déficit immunitaire etc.).
Le burn-out n’est pas reconnu comme maladie professionnelle. Toutefois, une instruction en CRRMP (Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles) permet dans certains cas une reconnaissance comme telle.

Le Bore out
Théorisé par Peter Werder et Philippe Rothlin en 2007, le bore-out se caractérise par un ennui mortifère quotidien au travail. Le salarié est peu stimulé intellectuellement et a une impression d’inutilité.
Les signes qui doivent alerter :
- Lassitude, tristesse, morosité, angoisse
- Démotivation et désengagement total
- Perte d’intérêt pour le travail
- Difficulté de concentration
- Etc.
Les causes :
- Sous charge de travail et mise au placard ou affectation sur des postes sans intérêt
- Attribution de tâches sans lien avec le profil ou champ de compétence du salarié
- Tâches répétitives et monotones
- Ambitions professionnelles du salarié ignorées ce qui conduit à un manque de possibilité d’évolution
- Etc.

Le Brown out
C’est le type d’épuisement professionnel le plus difficile à identifier.
Tiré du monde de l’énergie qui signifie baisse de tension d’un appareil électrique, le brown out décrit une situation où le salarié, qui n’a plus d’énergie, effectue ses tâches de façon mécanique, robotique donnant ainsi l’impression qu’il a « démissionné » dans sa tête et se demande « Qu’est-ce que je fous là ?! ».
Les signes qui doivent alerter :
- Crise existentielle (remise en cause professionnelle et personnelle)
- Baisse de courant psychique (perte de sens du travail, perte d’attention dans la réalisation du travail, irritation ou apathie etc.)
- Repli sur soi
- Etc.
Les causes :
- Manque de reconnaissance pour le travail accompli avec un contrôle infantilisant
- Automatisation et digitalisation du travail (IA, nouvelles technologies etc.)
- A la suite d’une réorganisation du service, missions où le salarié a l’impression d’une perte de sens de ses objectifs de travail, perd de vue la signification de ses tâches
- Conflit de valeurs (qualité empêchée, sentiment d’inutilité du travail, atteinte à l’image du métier, souffrance éthique)
- Etc.
2. Epuisement professionnel : comment agir ?
Appuyez-vous sur vos interlocuteurs clés
Il s’agit des acteurs de la prévention : le médecin traitant, le médecin du travail (et l’équipe pluridisciplinaire) de votre Service de Prévention et de Santé au Travail qui peut missionner le pôle IPRP pour vous accompagner dans l’évaluation des RPS afin de mettre en œuvre des mesures correctives.
Mettez en place des mesures de prévention collective
- Encourager la parole avant qu’il ne soit trop tard (fiches réflexes et protocoles type « conduite à tenir en situation de … ») afin de recueillir, tracer et analyser les situations et poste à risque
- Redéfinir les espaces de discussion et d’échange sur le travail : un moyen de réguler la charge de travail et discuter du travail comme des critères de qualité du travail
- Échanger avec l’encadrement afin d’identifier l’origine des situations préoccupantes et/ou d’ennui pour ainsi trouver des solutions concrètes et pérennes à mettre en œuvre. Vous pouvez également solliciter les ressources humaines
- Former la ligne hiérarchique à une posture d’alliée (valoriser l’écoute active) et former les managers à détecter les signaux faibles
- Informer et former les travailleurs sur le risque de burn-out et sur les risques psychosociaux
- Repenser l’organisation du travail : Analyser les postes et les conditions de travail pour adapter le travail à l’homme
- Etc.
3. Les obligations de l’employeur
La prévention de la santé physique et mentale du salarié fait partie intégrante de l’obligation de sécurité de l’employeur (loi Rebsamen et loi santé travail du 2 août 2021).
Pour rappel, l’article L4121.1 du Code du travail pose l’obligation de sécurité de résultat et la protection de la santé physique et mentale du salarié, à la charge de l’employeur :
- Evaluer les risques
- Prendre les mesures nécessaires pour les éviter
4. Les acteurs de la prévention
- Acteurs internes :
- Employeur
- RH et chargés de prévention (référents)
- CSE, CSSCT, Instances Représentatives du Personnel
- Acteurs externes :
- Votre Service de Prévention et de Santé au Travail (interlocuteur privilégié)
- CARSAT
- Experts extérieurs en prévention (IPRP)
5. Le rôle de votre Service de Prévention et de Santé au Travail APAS 17
Il intervient sur les 3 champs de prévention à savoir :
Prévention primaire
Afin de réduire, éliminer les facteurs de risques d’origine organisationnelle, managériale et relationnelle. On agit à la source, avant même que la situation de travail soit dégradée.
Actions possibles :
- Information et sensibilisation aux risques psycho-sociaux : Webinaire “violences au travail”, webinaire “sensibilisation aux RPS”, atelier « prévention des RPS »
- Accompagnement au DUERP : aide au repérage des facteurs de risques psycho-sociaux, à l’évaluation et à la formalisation dans le DUERP
Prévention secondaire
Consiste à réduire les effets des RPS sur la santé des salariés et leurs conséquences sur le travail mais également sur le fonctionnent du service et de l’organisation en elle-même.
Actions possibles :
- Diagnostic RPS : approche quantitative (enquête par questionnaire) et/ou qualitative (animations collectives)
- Prévention de la désinsertion professionnelle : consultation de psychologie du travail.
Prévention tertiaire
Dans une perspective curative ayant pour objectif d’accompagner le salarié en situation de souffrance psychologique au travail et donc de réparer les conséquences liées à une exposition aux RPS.
Actions possibles :
- Débriefing psychologique auprès de victimes et témoins directs
- Evènement grave en milieu du travail :
- Soutien immédiat, construction du dispositif d’accompagnement
- Défusing « déchoquage » ou « désamorçage », une intervention psychologique d’urgence pour des personnes qui ont été confrontées à un évènement traumatique/événement(s) grave(s) (incendie, explosion, décès sur le lieu du travail, fortes violences internes ou externes, grave accident du travail etc.). Il est assuré par les IST (infirmiers en santé travail)
Pour aller plus loin :