La santé mentale du dirigeant : un enjeu silencieux mais crucial


Dans un monde économique de plus en plus exigeant, la santé mentale des dirigeants d’entreprise est un sujet encore trop peu abordé. Pourtant, ces hommes et femmes à la tête d’organisations, qu’elles soient grandes ou petites, sont soumis à une pression constante. Entre décisions stratégiques, gestion de crise, responsabilités sociales et solitude du pouvoir, leur équilibre psychologique est mis à rude épreuve.

En 2021, après plus d’un an de pandémie COVID-19, le service de santé au travail de l’AIPALS, en partenariat avec l’observatoire Amarok, publie les résultats d’une enquête menée sur l’état de santé des dirigeants d’entreprise (entreprises adhérentes) en période de crise sanitaire.  

Le constat est alarmant puisqu’on relève une nette dégradation de la santé mentale des dirigeants d’entreprise. (256 chefs d’entreprise ont répondu, dont plus de la moitié sont des dirigeants de TPE, entreprises qui comptent entre 1 et 9 salariés.)

Quelques chiffres chocs :

  •  La grande majorité des chefs d’entreprise (89,9%) se déclarent « stressés », dont même 11,9% « extrêmement stressés »
  • Plus de la moitié des répondants estiment que leur santé n’est pas bonne
  • La moitié des dirigeants (50,9%) présentent un risque de burnout
  • 42,5% des répondants se décrivent comme « isolés », voire « très isolés »

La pandémie a donc permis de mettre en lumière la souffrance silencieuse des dirigeants.

Où en est-on en 2025 ?

En 2025, c’est 1 dirigeant sur 3 qui est en mauvaise santé mentale !

  • Selon le dernier baromètre de la Fondation MMA des entrepreneurs du Futur et Bpifrance Le Lab, 82% des dirigeants de TPE-PME déclarent souffrir de troubles psychiques ou psychologiques à savoir des troubles du sommeil, des douleurs articulaires, maux de dos etc.

Baromètre disponible : L’étude sur la santé du dirigeant d’entreprise 2025

Pourquoi un mal silencieux ?

La santé mentale est un sujet qui a été trop longtemps délaissé et tabou, car la souffrance psychique est encore perçue par bon nombre comme une faiblesse. Elle est pourtant aujourd’hui au cœur des débats avec une considération plus soutenue de l’état psychologique du chef d’entreprise. Un état psychologique qui conditionne grandement, ne l’oublions pas, la performance globale de l’entreprise car facteur d’efficience, d’efficacité. Un chef d’entreprise qui va bien à la capacité de « porter », « soutenir » ses équipes notamment durant les périodes de crise.  

A noter que les troubles de santé mentale du dirigeant peuvent ébranler davantage les petites que les grandes entreprises. Le dirigeant y incarne souvent à lui seul l’entreprise : il est à la fois manager, commercial, RH, comptable… Le moindre faux pas peut entraîner des conséquences directes sur sa santé, mais aussi sur ses proches et ses collaborateurs.

Les principaux facteurs

1 dirigeant sur 3 renonce à se soigner. Pourtant on sait que plus tôt la prise en charge se fait, plus on peut limiter les effets sur la santé de l’individu (Baromètre 2025 Fondation MMA des entrepreneurs du Futur et Bpifrance).

  • Être dirigeant, c’est souvent vivre dans un état d’alerte quasi permanent avec les grandes mutations que connait le monde du travail. Il faut répondre aux attentes des actionnaires, des clients, des employés et parfois des médias. Les enjeux financiers et humains sont lourds. À cela s’ajoute l’incertitude économique, la transformation numérique, les crises sanitaires ou géopolitiques, et plus récemment les défis liés au travail hybride.
  • Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le pouvoir isole. Les dirigeants ont souvent peu d’interlocuteurs et peu de relais avec qui partager leurs doutes ou leurs angoisses, de peur de paraître faibles ou incompétents. Cette solitude, couplée à une hyper-responsabilité, augmente les risques de burn-out, d’anxiété, voire de dépression.
  • Dans une culture entrepreneuriale où la résilience, la performance et le leadership sont valorisés, admettre une fragilité mentale est souvent perçu comme un aveu d’échec. Ce silence aggrave l’isolement et retarde la prise en charge.
La situation varie selon le secteur, la situation de l’entreprise etc.

Les secteurs à haut risque (agriculture, santé, social) affichent des taux de détresse très élevés (88–91 %).

Source : gpomag.fr

Les Dirigeants expérimentés montrent une dégradation plus marquée, notamment après 15 ans à la tête de leur entreprise.

Source : Fondation entrepreneurs

Des signaux d’alerte à ne pas ignorer

Fatigue chronique, irritabilité, troubles du sommeil, perte de motivation, désengagement émotionnel etc. ces symptômes peuvent être les premiers signes d’un épuisement professionnel.

Comment agir ?
  • Adhérer à des réseaux, recourir aux conseils et experts externes, solliciter les syndicats, aller à la rencontre de groupe de pairs peuvent rompre cette sollicitude. Cela suppose de faire preuve d’humilité et d’accepter de partager son vécu et ses difficultés. Également, est-il bon d’informer ses collaborateurs en cas de mal-être ? Faire appel à un psychologue du travail peut aider à déterminer s’il est opportun de partager cette information, à quelles personnes et dans quel cadre. Le risque de démissions en réaction à une annonce mal préparée ne doit pas être sous-estimé. Pensez à vous rapprocher de votre médecin du travail et de votre Service de Prévention de Santé au Travail, l’APAS 17.
  • Il peut être bon de réévaluer régulièrement ses motivations et ses besoins en tant que dirigeant afin de pouvoir réguler le travail notamment concernant le rythme en clarifiant ses priorités etc.
  • Également, se reconnecter à ses valeurs et à sa mission : pourquoi cette entreprise ? Pourquoi ce rôle ? et célébrer les petites victoires, pas seulement les gros succès.
  • Accepter de partager le pouvoir : déléguer n’est pas un signe de faiblesse, mais un acte de lucidité. Pour qu’une PME résiste aux tempêtes, elle ne peut reposer sur les épaules d’un seul. Repenser la distribution des responsabilités – notamment en matière de finances et de RH et avec la mise en place d’organes de gouvernance – et anticiper l’absence des personnes clés à travers un plan de contingence. L’objectif est de bâtir une entreprise plus résiliente, plus humaine et plus durable stratégiquement. Pensez au management collaboratif !
  • Encourager une culture de travail bienveillante en déconstruisant les idées reçues autour de la santé mentale. Mettre en place un véritable travail de sensibilisation à la santé mentale en engageant un travail d’éducation et de sensibilisation pour mieux faire comprendre ce qu’est réellement la santé mentale. Ce travail doit inclure une meilleure connaissance des différentes pathologies mentales. Cela induit aussi une analyse approfondie de l’organisation en place avec l’identification des situations et postes à risque (recueillir – tracer – analyser – tel un arbre des causes) afin de mieux anticiper les conséquences sur l’individu, le collectif et l’entreprise.

La santé mentale des dirigeants n’est plus une question secondaire : elle est un levier stratégique pour la performance durable des entreprises. Il est temps de reconnaître leur vulnérabilité et de leur offrir les ressources nécessaires pour prévenir l’épuisement. Car un dirigeant en bonne santé, c’est une entreprise plus forte, plus humaine, et plus résiliente.

Evaluer votre indicateur de santé globale : dispositif d’auto-évaluation

Le test proposé par l’observatoire Amarok, permet d’établir un indicateur de santé globale en fonction des événements rencontrés positifs (satisfacteurs) et négatifs (stresseurs) lors du dernier mois. Chaque évènement possède ainsi un coefficient.

  • Le stressomètre et satisfactomètre : les outils

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